Qui n'a pas un jour fulminé de se voir refuser le paiement de ses courses ou d'un restaurant par chèque sans disposer précisément ce jour là d'espèces suffisantes pour payer la note ?
On ne le sait pas toujours mais, même si cela peut s'avérer particulièrement agaçant, les commerçants sont libres de refuser d'être payés par chèques, lesdits chèques n'étant pas une monnaie ayant cours légal.
Ce principe connaît une exception importante pour les professionnels adhérant à un centre de gestion agréé qui eux sont obligés, de par la loi, (article 1649 Quater E du Code Général des Impôts) d'accepter les règlements par chèque.
Par ailleurs, les commerçants qui peuvent refuser ce mode de paiement ont l'obligation d'en informer leurs clients de façon claire et apparente. A défaut, ils s'exposent à devoir malgré tout accepter un chèque si, par la force des choses, le client n'a rien d'autre.
A la différence des chèques, en présence de monnaie "sonnante et trébuchante" un commerçant ne peut pas refuser un paiement.
Un tel refus est même réprimé pénalement par une amende de 2ème classe (peine de 150 € maximale) prévue par l'article R 642-3 du Code Pénal :
"Le fait de refuser de recevoir des pièces de monnaie ou des billets de banque ayant cours légal en France...est puni d'une amende prévue pour les contravention de la 2ème Classe."
C'est sur le fondement de ce texte qu'une cliente mécontente de s'être vu refuser de payer ses courses d'un peu plus de 50 € avec un billet de 500 € a engagé une poursuite pénale contre le Directeur du Magasin.
La Cour d'appel, au vu des déclarations du prévenu reconnaissant notamment avoir appliqué des consignes destinées à éviter des escroqueries aux faux billets alors même qu'il savait que ces consignes étaient illégales, a confirmé le jugement reconnaissant la culpabilité du Directeur.
Cette décision est cassée par la Cour de Cassation (Crim. 15 décembre 2005 n°04-87536) au visa de l'article L.112-5 du Code Monétaire et Financier : en cas de paiement en espèces, c'est au débiteur qu'il appartient de faire l'appoint.
Ainsi, pour la Cour de Cassation, bien que cela ne soit pas la raison invoquée par le commerçant pour son refus du billet, dès lors que la cliente avait l'obligation de faire l'appoint pour payer sa facture de 51 €, le commerçant n'a pas commis de faute en refusant un billet de 500 € !
Cette motivation est quelque peu surprenante.
Elle revient finalement à obliger le commerçant à accepter un billet à forte valeur nominale uniquement si le montant de la facture payée est supérieur à la valeur du billet. Dans le cas contraire, le billet pourra être refusé au motif qu'il incombe au client de faire l'appoint. Or le texte pénal ne fait aucune distinction en fonction de la valeur de la monnaie remise.
La solution retenue est d’autant plus criticable qu’en l'espèce il était, semble-t-il, établi que le billet n'avait pas été refusé en raison de l'impossibilité du commerçant de rendre la monnaie à sa cliente.
On peut d'ailleurs s'interroger sur l'opportunité de l'article L.112-5 susvisé. Est-il logique de faire supporter l'obligation de faire l'appoint sur le client lorsque de l'autre coté du comptoir le commerçant dispose d'une caisse, a priori, pleine de monnaie ?
Bien pire, la combinaison du refus de paiement par chèque et de la nécessité de faire l'appoint en cas de paiement en espèces pourraient permettre un refus de vente totalement illégal et fondé en réalité sur une discrimination, raciale ou autre.
(Publié le 12/02/06 par Pierre FERNANDEZ, Avocat à la Cour)
Maîtres,
Je découvre à l'instant votre site et je tiens à vous en féliciter. Cet article m'a appris beaucoup de choses et je vous en remercie.
J'ai moi-même été confronté à un épisode assez cocasse. Pour aller acheter deux croissants à la boulangerie, je n'avais pas de monnaie et à la stupeur générale, j'ai sorti un billet de 200 €.
J'ai fini par avoir raison des réticences de la boulangère. Il faut dire que la file d'attente derrière moi n'était pas étrangère à ma victoire...
D'après ce que vous dites, j'ai fianelemnt eu de la chance.
Bonne continuation.
Romanis
Depuis quelques temps, les magasin Lidl font référence, à l'entrée de leurs magasins, à l'article 112-5 du code monétaire et financier pour refuser les billets de 500 €.
N'ayant encore rien acheté d'un montant de 501 €, je n'ai pu tester l'application de l'arrêt de la cour de cassation !!!
Je suis commercant, buraliste plus précisément. Presque tous les mois je suis obligé de répondre que je n'ai pas de monnaie à des gens qui me présentent un billet de 100 € (ou plus) pour l'achat d'un paquet de cigarettes à 5€, voir pour un journal local à 85 centimes.
1 - Pour pouvoir répondre à ce genre de requète, il faudrait que je double, voir que je triple mon fond de caisse ! Autant de liquidités qui ne seraient plus en banque, je paye déjà assez d'aggios !
2 - Plus de liquidités en caisse signifie également un accrroissement des risques. Braqué en septembre dernier, je ne suis pas pressé de reconnaître ça.
3 - La plupart de ceux qui me font ça ont l'appoint mais refusent de fouiller dans leurs poches, ce doit être trop fatiguant ! Cetains le font même volontairement en sachant qu'ils ont l'appoint, car ils veulent faire de la monnaie.
3bis - Que les citoyens veuillent avoir de la monnaie est logique. Mais ne serait-ce pas plutôt le travail des guichetiers de banque ? Pour info, non seulement ils refusent la plupart du temps de faire du change, y compris à ceux qui ont obtenus des grosses coupures au DAB, mais qui plus est, ils sont souvent en rupure de stock pour les commercants eux-mêmes ! Ainsi, aujourd'hui, samedi 10 mai 2008, alors que je travaille aussi demain matin, je suis quasiment en rupture de stock de pièces de 1€, de 2€ et de billets de 5€ ! Tout comme le sont l'épicier voisin, le boucher et le boulanger, et pourtant nous dépendons de banques différentes. Si j'étais tenu de toujours rendre la monnaie, vu la situation, j'aurais probablement à fermer plusieurs jours, ma banque ne recevant de monnaie que le jeudi 15...
4 - Il y a peut-être quelques commercants ou industriels qui font de la discrimination raciale. Cependant la très grande majorité des commercants (tout au moins les petits) ne connait que deux variétés de clients : ceux qui payent (les bons) et les autres.
Mon article aurait dû vous faire plaisir puisqu'il rappelle que c'est au client de faire l'appoint et non au professionnel derrière sa caisse.
Maintenant, il est vrai que je n'ai jamais eu à gérer une caisse et qu'il est fort possible qu'il ne soit pas aisé d'avoir toujours suffisamment de monnaie.
Ce que je sais en revanche, c'est qu'il est fréquent de voir les commerçants "râler" quand on tente de les paillers au moyen de centimes d'euros.
Bref, pas content d'avoir des grosses coupures, pas content d'avoir de la ferraille. Ca doit être cela le "service à la française" :p (heureusement il y a des exceptions)